Anneau de Lagune
Le choix de la résilience face à la montée des eaux.
- École
- ENSAB — École Nationale Supérieure d'Architecture de Bretagne
- Programme
- Observatoire, centre de recherches ostréicoles, gare lagunaire et logements
- Lieu
- Port du Rocher, La Teste-de-Buch (Gironde)
- Encadrement
- Hugo Massire, Mathieu Lebarzic, Eglantine Bigot-Doll
- Cadre
- Projet de fin d'études
- Niveau
- Master 2
- Année
- 2023

Constat
Nous vivons aujourd’hui une crise climatique mondiale qui nécessite d’envisager notre futur autrement. La montée des eaux est déjà observée dans plusieurs régions du monde et ses conséquences s’avèrent déjà parfois dévastatrices. Les différentes prévisions ne cessent d’être revues à la hausse par les différents organismes chargés de la surveillance et de l’évolution des risques. Il nous est cependant impossible de prévoir l’amplitude réelle de cette montée des eaux car nous faisons face à des scénarios futurs qui laissent place à des incertitudes. En effet, nombreux sont les facteurs qui entrent en jeu et notamment les actions humaines qui pèseront beaucoup dans la balance, ou encore certains événements ponctuels imprévisibles et qui viendraient fausser les prévisions.
La prise en compte des risques inhérents à la montée des eaux est une préoccupation majeure dans certains pays comme les Pays Bas ou encore le Royaume Uni, depuis déjà plusieurs décennies, ces pays ayant connu des épisodes dramatiques liés aux aléas climatiques. Mais faut-il attendre d’y être confronté de façon violente pour réagir et agir? L’homme doit vraiment prendre conscience qu’il n’est qu’un hôte sur cette planète et qu’il a toujours réussi à s’adapter au fil du temps et des événements. Il est difficile d’accepter l’éventualité de perdre son lieu de vie et ce qu’il représente. Mais il n’en faut pas pour autant prôner la culture du déni, on n’en a plus le temps. Il faut mettre en avant et développer dans les mentalités, la culture du risque grâce à laquelle ne pourra qu’émerger une volonté d’agir pour prévenir ou en atténuer les conséquences. La résilience doit devenir le maître-mot.
Le Bassin d’Arcachon n’est pas épargné par ce phénomène inéluctable qui se conjugue avec une érosion déjà importante et l’exposition au risque d’événements extrêmes comme les tempêtes, amenées à être de plus en plus fréquentes à l’avenir.
L’activité économique principale du port du Rocher est liée à l’ostréiculture, ce qui favorise l’attraction touristique. Même s’il n’est pas le lieu le plus exposé du Bassin, il reste toutefois exposé à plus ou moins long terme, aux inondations et à une submersion marine. Ainsi cette évolution climatique qui aura une incidence inévitable sur ce territoire, son économie, sa population, fait-elle naître des questionnements sur la façon dont il faut appréhender le littoral. Il semble nécessaire d’amener la population à une sensibilisation aux enjeux en présence et en devenir.
Présentation du site et du contexte
Créé vers la fin des années 1970 sur la commune de la Teste-de-Buch en Gironde, le petit port du Rocher, au cœur des Prés Salés fait partie de l’identité et de l’histoire du Bassin d’Arcachon, ancienne lagune située sur l’ancien estuaire de la Leyre. Principalement à vocation ostréicole, il draine en conséquence une importante activité touristique, notamment en saison estivale. C’est à l’embouchure de ce port, entre terre et mer, sur ce qu’il est coutume d’appeler « La petite mer » que s’ancre le projet.
Le littoral aquitain subit depuis toujours l’influence du phénomène naturel du recul du trait de côte. Mais depuis quelques années, sa vulnérabilité s’accroît par les effets du changement climatique et principalement en raison de l’augmentation du niveau de la mer. La commune de la Teste-de-buch est concernée par le risque de submersion marine en raison de la faible altitude de ses côtes.
Le projet

Dans un schéma prospectif qui projette jusqu’à 2100, l’idée est de réaliser une structure inspirée du Land Art, un lieu évoluant dans le temps qui soit à la fois une architecture adaptée et adaptable au contexte climatique de la montée des eaux, de par sa structure en partie flottante. Un « anneau » qui contribue à la sensibilisation de la population sur le recul du trait de côte et à l’adoption d’une position résiliente, qui aide à comprendre qu’il est préférable de faire avec l’eau plutôt que d’aller contre ce qui arrivera avec ou sans nous, inéluctablement.
Ce projet se veut fictif mais finalement non loin d’une certaine réalité possible dans un futur proche. Il se développe donc autour d’événements probables mais incertains, que ce soit dans leur temporalité ou dans leur intensité.
Le choix de la forme fait référence à une signification universelle du cercle, dans toutes les cultures et à travers toutes les époques. Présent partout dans la nature, il symbolise le cycle perpétuel, c’est la roue de la vie, l’horloge du temps qui passe, inlassablement. Il n’y a ainsi ni commencement, ni fin, il est synonyme d’éternité.
L’anneau renvoie également indéniablement à l’alliance, qui unit dans l’harmonie. Ici il s’agira donc de l’union de la terre et de la mer, grâce à une construction circulaire où chacun pourra trouver sa place. Un lieu de synergie, un espace de rencontres, une nouvelle centralité pour les habitants pour repenser alors leur façon de vivre avec leur littoral.
Il se veut aussi être comme une promenade reconnectée aux éléments naturels : l’eau, la terre, l’air, le soleil, le vent… et qui amène à se questionner sur leur puissance et sur la portée de leur impact sur notre corps, notre esprit, notre mental, sur notre vie tout simplement. C’est un parcours sensoriel entre terre et eau, exalteur de sens : on voit, on sent, on ressent, on écoute, on entend…
Faisant office d’observatoire sur l’Océan, et par sa simple présence au fil des décennies, ce lieu devient mémoire du temps qui passe, au rythme de l’évolution du spectacle offert par les marées.
Afin de ne pas porter préjudice à l’activité économique et touristique intrinsèque du site, liée notamment à l’ostréiculture, ce projet verra entre autres la création d’un centre de recherche ostréicole, mais aussi d’un bâtiment faisant office de station de surveillance du Bassin. Des logements seront proposés aux chercheurs/scientifiques.
Puis pour répondre aux besoins face au développement de la circulation maritime entre les différentes communes du littoral et maintenir le lien entre elles, une gare lagunaire sera aménagée.
La maquette



Insertions





Récit
Lire le récitCe texte est une fiction
Qui sommes-nous, frêles humains pour prétendre résister aux forces déchaînées de la nature? Et pourtant l’homme a voulu jouer…
Il n’avait pas su tenir compte des avertissements sur la menace liée au réchauffement climatique et de sa vulnérabilité face à la montée des eaux. N’était-ce pas là se complaire dans un déni qui risquait de causer sa perte ? Prémices d’une destruction annoncée… Sombre présage d’une mort latente.
Un lien si fort nous unissait à l’océan que nous n’avons pas pu imaginer qu’un jour il puisse être rompu.
Et ce fut la première vague… l’Apocalypse ? La ville (ou constructions cotières) disparut, avalée par les eaux dans un fracas de fin du monde. Nos digues et nos barrages n’avaient pas su nous protéger…
Sous l’océan, le Léviathan… Et nos terres, nos plages, notre port, nos cabanes… Où était passée notre histoire ? Pourrions-nous continuer à vivre sans notre histoire? Ne restaient que les spectres de notre vie d’avant. Les flots en furie avaient englouti notre passé…
La tempête s’est éloignée et quand l’eau s’est retirée, on a vu réapparaître notre vie d’hier, ne restaient que des vestiges… Était-ce une mise à l’épreuve, un défi ?
La vie, notre vie, ne pouvait s’arrêter là.
Alors, on a tenu bon, on a résisté mais surtout on y a cru. Ne pas baisser les bras. Ne pas déposer les armes et s’avouer vaincus. Ne pas perdre sans lutter. Opter pour le compromis, trop tard pour l’emporter… Opter pour la résilience…
Notre vie n’est qu’une évolution, un processus de transformation perpétuelle, la roue du temps qui tourne inlassablement, un cercle qui ne peut être brisé.
Notre salut viendrait du cercle.
Notre anneau a vu le jour dans la lagune, près du petit port ostréicole tel une alliance qui unit dans l’harmonie la terre et l’eau.
Peu de temps après la première tempête, des hommes, visages fermés sont arrivés, bien décidés à agir. Agir pour l’océan, c’était aussi pour eux agir pour les hommes.
Alors ils ont imaginé et construit l’Anneau. Avec les habitants qui avaient provisoirement trouvé refuge dans les logements saisonniers inoccupés à l’intérieur des terres, ils ont constitué la Communauté qui s’est alors fixé pour objectif de réinventer une manière de vivre plus connectée à leur territoire en adéquation avec la nature selon son caractère éphémère et changeant.
Certains n’ont pas voulu y croire. Ce fut pour eux l’exode vers les terres intérieures. Mais nombreux sont ceux qui ont décidé de tenir bon. Les notions d’entraide et de partage nous sont devenues essentielles. On a alors compris que si nous voulions rester là, il nous fallait envisager une autre relation avec le littoral.
Se projeter dans un avenir incertain ne pouvait se faire sans envisager de se poser aussi sur l’eau. Unir la terre et l’eau…
D’autres hommes, les chercheurs, sont venus les rejoindre. Depuis ce jour, ils confient aux huîtres, véritables sentinelles climatiques, le soin de leur livrer les « secrets » de l’eau. Dans le laboratoire de la lagune, ils n’ont de cesse de chercher et d’envisager des solutions pour donner à notre Bassin des possibilités de survie, ayant à cœur de remédier au mal qu’avait subi notre écosystème côtier.
La mer est haute. Depuis ma barque j’observe l’église immergée dont seul le clocher semble aujourd’hui défier les vents. Je rame vers ces ombres noires dans les eaux troubles, vers ce passé devenu silence qui m’attire vers lui.
Je plonge dans les abysses de mes souvenirs, je nage à travers les rues oubliées, parmi les jardins disparus, et me faufile parmi les dédales de pierres et de ruines de ce labyrinthe englouti. Un peu plus loin, les restes d’une cabane, devenue refuge de ce peuple de l’océan où se croisent poissons, hypocampes, et autres surprenants habitants du lieu qui ont eu tôt fait de s’approprier les ruines. Jour après jour, je m’émerveille de cette nouvelle biodiversité qui est apparue. À mes côtés réapparaît la « queue de la baleine » au large d’Arcachon qui a su résister à la violence des vents.
Etat des lieux terminé, sécure, calme, apaisant… Le calme après la tempête. C’est ce qui attire aujourd’hui ces touristes curieux d’explorer ce monde d’après… Demain c’est le début de la saison touristique…
L’ancienne Arcachon va revêtir son nouveau costume, un petit air de Venise trop tôt disparue sous les flots… En parcourant dans de petites embarcations ses bâtisses désormais pieds dans l’eau ou ses luxueuses constructions qui contribuèrent autrefois à sa renommée mais réduites à l’état de ruines, resurgiront peut-être des souvenirs oubliés d’étés passés en toute insouciance dans la mémoire de ceux qu’ont appelle ici les « estrangers »…
Je remonte à la surface, reflux. Le front de mer – ce qu’il en reste – se dévoile me laissant entrevoir la mémoire de la ville d’antan. Ma barque échouée sur ce qu’il reste du toit de la maison de mon grand-père côtoie d’innombrables coquilles, en apparence bien ingrates, qui se sont emparées du lieu. Les huîtres sont redevenues sauvages, mais fidèles à leur Bassin, elles s’accrochent sur les tuiles cassées des anciennes toitures comme pour résister aux prochaines tempêtes… Possèderaient-elles le don de mémoire ? Nostalgie du temps pas si lointain où les hommes leur confectionnaient ces fameuses tuiles chaulées ? Un luxe aujourd’hui disparu…
Le soleil couchant accompagnant la marée, j’ai regagné l’Anneau. Une fois ma barque amarrée dans la petite gare de la lagune, a commencé une course contre la montre… La mer ne m’accorderait que peu de temps pour rejoindre le centre de recherches, à l’autre extrémité.
Depuis la gare, j’accède à la passerelle, je suis le cercle. Laissant derrière moi les logements simples mais décents à destination des chercheurs et des scientifiques qui travaillent sur l’Anneau, ces containers, qui eux, ne tarderaient pas à flotter, je poursuis ma route en direction du pont. Encore le temps de pouvoir rejoindre la rive opposée de l’Anneau, le pont est encore baissé et m’accorde donc le droit de traverser.
Comme j’aime cette sensation qui m’envahit de me reconnecter avec les éléments lorsque j’atteins cette partie de la promenade qui embrasse la terre et accorde à l’eau de reprendre ses droits lorsque la marée monte. Spectacle envoûtant et magique de cet anneau qui, submergé par les vagues, s’efface doucement pour un temps jusqu’à ce que la mer lui concède à nouveau le droit d’exister. C’est comme un jeu perpétuel et infini entre la terre et l’eau, mais ici, aucun vainqueur, aucun vaincu. C’est l’harmonie.
Soudain, le vent se met à murmurer avec les vagues. Le bruit des éoliennes s’invite à leur discours. Il faut que j’accélère le pas, me caler sur la marée pour ne pas me laisser surprendre. Pas cette fois… Et mon regard est attiré par ces brise-lames dans la lagune qui se sont multipliés au fil du temps parce qu’il a fallu protéger l’Anneau. Mauvais présage ?… Leurs claquements au loin résonnent sur mon passage… Et soudain, l’alarme… Les hommes du centre de surveillance ont repéré l’arrivée d’une nouvelle tempête.
Au moment où je rejoins enfin l’observatoire pour y déposer ma précieuse récolte de coquillages, l’eau ici, n’atteint pas encore la base de la passerelle. Le bâtiment qui surplombe l’Anneau tel un guetteur cache les nouveaux parcs à huîtres qui ont su trouver leur nouvelle place sous la promenade. Comme il me plaît cet endroit qui me rappelle cette merveilleuse forêt qui a tant subi les affres de ces incendies dramatiques qui ont décimés tellement d’arbres. J’aime y déambuler avec ma barque et respirer l’odeur de ce bois brûlé qui a quitté aujourd’hui la terre pour vivre à nouveau sur l’eau…
Entre deux souffles du vent, je distingue au loin une agitation au sein de la gare qui me fait face maintenant, de l’autre côté. Menacés par la montée des eaux sur la côte, ce sont les habitants venus se réfugier dans ce bâtiment, en attendant que la nature se soit apaisée.
Et toujours ce cliquetis qui rythme inlassablement le temps menaçant.
Lors de ces moments agités, je me prends souvent à penser à Noé et à son Arche, après le déluge. Métaphore d’une purification des hommes qui, grâce à l’eau, renonceraient alors à leur vie passée ? Sauf qu’on a pas choisi ceux qui seraient là demain. Ceux qui sont là aujourd’hui, sont ceux qui sont restés, qui n’ont pas voulu fuir. Eux seront là pour demain… Et l’Anneau est leur arche salvatrice.
Un jour viendra, on le sait, où le cercle s’élèvera, porté par l’océan. Mais il saura lutter contre les aléas du temps.
L’observatoire de l’Anneau
Centre de surveillance et centre de recherches ostréicoles





Le pont basculant



La gare lagunaire




Les logements des scientifiques



